Compte-rendu du Catch Littéraire #2 du 24/02/17

Gustave Flowdbière contre Mohamed Alu.

ALUvsFLOWDBIERE
Gustave démarre dans le pop-corn et dans la ville, tandis que Mohamed nous plonge dans un univers bucolique au bord d’un fleuve. Après cette minute libre la première contrainte tombe “100% pur bœuf, un cheval doit intervenir dans le texte”. Chaque catcheur s’en empare en suivant le fil de son récit : chez Mohamed le cheval vient au secours d’un oiseaux blessé, pour Gustave c’est l’élément qui manquait à son univers urbano-western. Mais tandis que le cheval devient moteur de l’action chez Flowdbière, il ne fait que passer chez Alu ; alors que tombe la deuxième contrainte choisie par le public : “contrainte popote le texte se consacre au champ lexical de la cuisine”.

Mohamed s’en empare brutalement avec un “ciel tourbe de la saucisse” mais il n’a pas peur des mots et part dans une conversation avec un brin d’estragon tandis que Flowdbière qui cherche un restaurant et s’attarde un peu trop hors de la popote décide de lancer un CHIAAAAASME pour se laisser du temps et déstabiliser son adversaire. Les personnages de Mohamed Alu sont désormais pris d’une vilaine envie d’aller au toilette.

Gustave a bien placé son Chiasme, il se plonge alors tranquille dans le vocabulaire culinaire, alternant noms de plats et d’aliments avec le lexique de l’appétence. Mohamed un temps sous le choc se ressaisi très vite et malgré l’absurde de la situation, son brin d’estragon usant de métaphores culinaires pour rester brillamment dans la contrainte, exprime sereinement son envie de pisser.

Mais le public veut voir du sang et c’est la contrainte homophonique qu’il impose aux deux catcheurs à 6 minutes de la fin du match. Et c’est grâce à elle que Gustave s’envole en attaquant très vite avec “cette nuit me nuit”, quand Mohamed Alu prend son temps pour poser ses mots et en multiplier les sens (grenade, rateau…) au risque de perdre l’attention du public. Le bilan de la manche est sans appel, contrainte validée certes pour les deux adversaires, mais là où Alu se contente du strict nécessaire, Flowdbière multiplie les homophonies, assonances et calembours sans perdre le fil de son récit.

Enfin c’est avec la contrainte “MoMoManiaque toutes les phrases devront commencer par un F, au moins 4 phrases” que les catcheurs doivent conclure leur prose. Gustave surfe dessus sans effort et multiplie les phrases. Mohamed prend son temps et pousse un ZEUGME après son 4e F. Mais sans souci Gustave défend la cause du peuple noir en respectant la contrainte, il accuse, dénonce, pourfend sans perdre son F initial. La contrainte, mal comprise par un Mohamed au bout du rouleau entraîne sa chute, après 4 phrases il abandonne la contrainte et se laisse dériver. Cette dernière faiblesse ne pardonnera pas.

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Le public donne sans contestation possible la victoire à Gustave Flowdbière qui retourne en coulisse se préparer pour la finale tandis que Françoise Sans-Gants et Umberto KO entrent sur scène.

 

FRANçOISE SANS-GANTS vs UMBERTO K.O

UmbertoVSsans-gants

Françoise Sans-Gants, sublime sous son bonnet blond et ses paupières bleues, puis Umberto K.O., dont le grand nez n’a d’égal que la longueur de sa plume, se préparent sur le ring… La minute libre permet aux deux catcheurs de faire entendre leur style et de prendre une direction nette : l’aventure chez K.O., une mélodie intimiste chez Sans-Gants. Tombe la première contrainte : Omar et Fred, le texte doit évoquer l’univers du noir et blanc. La référence à Chaplin d’un côté, Casablanca de l’autre (et l’on pense immédiatement au film du même nom), confirme Françoise et Umberto dans leurs univers respectifs. On peut noter aussi chez K.O. un développement sur le mode second degré avec l’arrivée du personnage de Momo, “un grand noir” dans la fumée “blanchâtre”.

Deuxième contrainte Abécédaire, chaque phrase doit commencer par la lettre suivant la première de la phrase précédente. Umberto commence par un A, il développe un dialogue vif et le K l’amène à s’inclure dans son propre récit ; Françoise de son côté commence par un L et la fin de l’alphabet donne des envies de voyages à son héroïne, Théodora, surgie en T. Elle parvient même à pousser jusqu’à un splendide W avec des Wagon-lits salués par le public.

Le combat se corse avec la redoutable contrainte Juke box, le texte doit être composé de texte de chansons. Umberto prend des liberté avec les paroles mais ne s’en sort pas mal, toujours plongé dans l’aventure, sentant son adversaire en difficulté il n’hésite pas et CHIASME ; mais Sans-Gants n’est pas du genre à se laisser faire et elle CONTRE-CHIASME dans la seconde. Sans-Gants va puiser dans son répertoire musical des référence érudites (« Le Radeau de la méduse », « Le Paradis blanc ») sans se détourner de la trame de son récit et K.O. lance des insultes en chanson, réduit à l’usage d’impératifs et d’infinitifs. Belle bataille longuement saluée par le public.

La contrainte Touriste japonais, le personnage se met en quête d’un sac Vuitton, vient conclure ce combat, permettant aux deux catcheurs de donner une fin à leur récit : le sac est la clef de l’évasion pour le personnage de Sans-Gants qui n’hésite pas à recourir à la force pour l’acquérir — cette attaque contre les japonais semble avoir conquis le public chauvin — ; Umberto laisse de son côté la quête inachevée, un complot mondial et des noms bizarres se glissent dans son texte au risque de perdre un peu l’auditoire.

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C’est Françoise Sans-Gants qui remporte le combat après ce match serré. Elle disputera donc la finale expresse contre Gustave Flowdbière.

 

Finale expresse : Françoise SANS-GANTS vs Gustave FLOWDBIERE

tension à son comble - le silence règne
tension à son comble – le silence règne

Flowdbiere et Sans-Gants sont maintenant côte à côte, les bras levés, prêts à en découdre. Le silence se fait quand l’arbitre sonne le gong, chacun retient son souffle, curieux de lire ce qui va se passer. Les deux textes commencent sur une histoire d’amour, passée pour Flowdbiere, peut-être sur le point d’advenir chez Sans-Gants. L’arbitre sonne la cloche, les contraintes influeront sans doute sur les deux aventures. Au programme dialogue avec la boulangère et métaphore longue et filée. Sans-Gants, qui était coincée dans une fête, se voit contrainte à changer de décor, “elle se réveilla le lendemain et sortit acheter du pain”, la transition est beaucoup moins brutale chez Gustave qui décide de mixer les deux contraintes par une métaphore pâtissière. Certes, le dialogue avec la boulangère n’est pas tout à fait là, mais ce détournement semble ravir le public.

Flowdbiere, confiant, lance un CHIASME à quelques minutes de la fin au risque de se faire contre-chiasmer, ce qui ne manque pas d’arriver. Mais, là encore, comme lors de son précédent match, le surgissement de l’ado révoltée ne le désarçonne pas, il l’intègre dans ses métaphores boulangères avant de finir. Sans-Gants semble avoir plus de difficulté avec le degré d’alcool soudainement augmenté chez ses personnages, le dialogue amoureux tourne court (tu t’es vu quand tu as bu du Chanel n°5). Heureusement, la boulangère ivre rattrape le coup pour aider à clore plus doucement le récit.

Malgré une fin abrupt chez Flowdbiere, son aisance face aux contraintes semble avoir triomphé et c’est lui que le public pousse aux nues. Saluons le champion bedonnant de cette deuxième rencontre de catch littéraire français, dont la ceinture enserre à peine le ventre. Alu viendra-t-il dérober le trophée une nouvelle fois ?

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Prochaine rencontre le 17 mars – dimanche 17h – Marcheurs de Planète.