Interview d’Umberto KO

La FFCL est heureuse de publier en exclusivité cette interview d’Umberto KO réalisée dans l’antre baroque et brouillon de l’ascète, peu après le dernier affrontement du catcheur. Une occasion en or d’en apprendre davantage sur le crochu KO, plaisir dont nous ne saurions vous priver plus longtemps.

EISPI : Bonjour Umberto. Je crois que je peux t’appeler Umberto, cela fait longtemps que nous nous connaissons maintenant. Merci de nous accorder cette interview, au quasi-lendemain de la 4ème rencontre de la FFCL. Tout d’abord, à ce propos : comment ressens-tu cette défaite contre Mad Marx ?

Umberto : Je suis très content de ma victoire. Je la préparais depuis lontemps, et sans vouloir paraître arrogant, je pense que je la méritais. Mad Marx était un adversaire valeureux bien sûr, mais il n’a pas su se départir de ses oeillères idéologiquement dépassées. Je crois que c’est avant tout ma grande souplesse intellectuelle qui m’a permis de m’approprier les contraintes de la rencontre pour les sublimer en une prose totalement novatrice.

EISPI : Pardon ? Mais… Le vote du public a été clair, tu n’es pas allé en final Umberto, tu as p…

Umberto : Le vote du public a été clair en effet. Vingt sandwichs Umberto KO ont été préparés pour la rencontre. Les vingt sont partis, sur un total de quarante-cinq sandwichs « catcheurs » vendus. J’ai presque autant été mangé que tous mes adversaires réunis. Un tel résultat se passe de commentaire et la conclusion s’impose : j’ai gagné.

EISPI : Certes, certes, mais…

Umberto : Mad Marx avait fait une belle tentative. A ma grande surprise, sa composition de rôti de porc à la crème de betterave avait de quoi surprendre et ne manquait pas d’audace, mais ne pouvait faire le poids face à mon ensemble végétarien ésotérique. L’huile d’olive, symbole de paix et de vie, ne pouvait que contrer le rouge agressif de sa viande morte. Quant au citron, que l’on retrouve dans les plus grandes vanités de la peinture humaniste, sa nature solaire associée aux valeurs « d’humilité » et de « Mort » écrasait naturellement le vulgaire choux rouge. Je crois avoir réussi à me reposer sur des recettes éprouvées tout en les transcendant en quelque chose de parfaitement nouveau, de profondément original. C’est ainsi que se créent tous les chefs d’oeuvres. Et le public ne s’y est pas trompé.

EISPI : … Bien sûr. Passons, si tu le veux bien, à ton parcours,  somme toute assez mystérieux. Tu étais peu connu avant de percer sur la scène parisienne. Je pense exprimer la curiosité de tout notre public en te demandant – excuse-moi la brutalité de la question, mais, allez, j’ose ! – : d’où viens-tu, Umberto ?

Umberto : Du silence ensoleillé. (Silence.)

EISPI : … La légende te disait pudique Umberto, mais je vois qu’il n’en est rien ! Merci d’avoir éclairci un peu le mystère de ton passé. Sans transition, nouvelle question : où vas-tu Umberto ? Après ces déboires, pardon, « succès », sportifs, que penses-tu faire ?

Umberto : Travailler, encore et encore, pour remporter la finale de la Fédération Internationale de Catch Littéraire, sommet du haut duquel je pourrai sérieusement mettre en chantier la refondation de Verum.

EISPI : Ah ! Verum ! Voilà un nom qui t’est cher, tous tes fans le savent, et pourtant encore un nom bien mystérieux. Il s’agit d’une ville, qui aurait existé…

Umberto : Avant Byzance, Rome et Carthage, avant Babylone même. Il s’agit de LA Ville.

EISPI : Oui, nous avons eu la chance de lire quelques-uns de tes articles à ce sujet. Pourtant, les autres chercheurs ne semblent pas partager tes conclusions. Les docteurs Valants et Logat de la Sorbonne notamment ont réfuté certaines de tes thèses dans plusieurs articles.

Umberto : Ces messieurs sont des veaux.

EISPI : Bien sûr, bien sûr. Mais si je regarde un article signé de plusieurs professeurs de l’Université Alexis-IX…

Umberto se met à crier et renverse d’un coup de poing le verre d’eau posé devant lui : Ne me parlez pas des chiens d’Alexis-IX !

EISPI (avec appréhension) : Oui, nous avons trop digressé. Revenons à ton projet final, quand tu auras remporté la victoire internationale. Dis-nous en plus.

Umberto, à nouveau parfaitement calme : Je fonderai la nouvelle Ville, une République régénérée, consacrée à l’épanouissement des Sciences et des Arts, où sera rétabli le culte des Muses et où les gauchers et les roux formeront l’élite de la nation.

EISPI : Les gauchers et les roux ?

Umberto : Trop longtemps, nous avons été brimés, alors que les gauchers sont l’évolution supérieure, naturelle, de la race humaine. Il est temps de le reconnaître et d’accroître leur espace vital. Les Roux partagent le même génome solaire. Ce n’est qu’en reconnaissant la place qui est la leur dans la Cité que l’Humanité pourra connaître un nouvel Âge d’or.

EISPI : C’est original, assurément… Et les autres ? Les droitiers ?

Umberto : Ils auront le droit de servir les Citoyens Supérieurs bien sûr. Les plus doués d’entre eux seront utilisés pour des tâches d’administration subalternes ou dans les armées de la Cité. Quant à ceux dotés de faveurs esthétiques particulières par Apollon-Phoebus-KO, ils auront même le privilège de divertir sexuellement les Citoyens Supérieurs, après avoir été préalablement stérilisés, bien entendu.

EISPI : Ah… Et les droitiers roux par exemple ?

Umberto : Les droitiers roux ? Je préfère les appeler « gauchers contrariés ». Ils seront, bien évidemment, ré-éduqués.

EISPI : Tu places les roux au sommet de la hiérarchie, et pourtant toi-même arbores une pilosité brune…

Umberto : J’ai des poils roux dans la barbe.

EISPI : Oui, suis-je bête. Et les blonds ? Les châtains ?

Umberto : Les châtains sont une aberration de la nature ! Je ne supporte pas les châtains. Des bâtards, des sangs-mêlés qui appauvrissent la Race ! Je préconise pour eux une campagne de stérilisation systématique. Quant à « blond », ce n’est qu’un autre nom pour « roux vénitien ». Nous populariserons d’ailleurs ce vocable en même temps que nous réformerons la langue.

EISPI : La réforme de la langue ?

Umberto : Oui, je réintroduirais la Langue de Babel qui n’est, en fait, que la Langue de Verum et se nomme le « Umbertolien ». La plus belle langue qui soit. Vous devriez entendre chanter L’Education sentimentale en Umbertolien. Il n’y a rien de plus émouvant.

EISPI : Et nous avons hâte de l’entendre Umberto ! Une dernière réflexion en conclusion de cet entretien ?

Umberto : Oui. Le papier aluminium n’aura également rien à faire dans les murs de Verum. Quant à la bière, je ne préfère pas en parler… Invention de Babylone ! Enfin, je précise qu’en Umbertolien, les termes « capital », « bourgeois » et « prolétariat » n’existent pas, car n’ont pas d’utilité… Nous nous sommes compris.

EISPI : Et ils existent d’ailleurs déjà de moins en moins ! Merci Umberto de nous avoir accordé cet entretien, et bonne chance pour ton ascension vers les sommets du Catch Littéraire !