Tyran Tysane

Le paysage poétique de ces derniers mois a été plus secoué qu’un punching ball à l’effigie de Flodbière dans la salle d’entraînement du détenteur de la Ceinture: Mike Tysane.

Tysane, qui avait connu une année 2013 aussi difficile que quelconque, a démarré 2014 sur les chapeaux de roue. Et, fort de la modération dont on le sait capable, a bien insisté pour que tout le monde soit au courant.

Invaincu... en 2014

Profitant de la notoriété que lui a apporté sa victoire lors de la rencontre précédente, Tysane s’est rué sur les contrats publicitaires

Agent avide ? Retraite imminente ? Les théories se multiplièrent sans percer à jour le grand plan; en vérité, Mike se souvenait moins vivement de sa toute récente victoire que des défaites de l’année précédente.

Et en cieux Tysanniens, la revanche est un plat qui se mange dans ta gueule. Sans perdre un instant, il se mit à recruter à tour de bras. Nervis du slam, acharnés de la rime, ou survivants des rings de MMA, ses troupes idolâtraient leur chef et partageaient son goût pour la castagne. Et castagne il y eut; les P’Tysanes, brigade poétique, firent pleuvoir les coups comme Hugo les vers. Partout dans la capitale, un blitz sauvage d’action coup-de-poings dessine les limbes d’un nouveau paysage poétique.

La station de métro Saint-Germain-Des-Prés a été rayée de tout plan, de toute carte RATP, et toute personne mentionnant encore le « milieu germanopratin » peut se préparer à manger liquide pour les trois mois à venir.

Chaque étudiant en Lettres, Littérature, Linguistique, Stylistique visant à obtenir un contrat doctoral doit, au préalable, participer à un tournoi de boxe poids lourds exceptionnel (organisé une fois par mois, aux abattoirs de la Villette).

Et dans les rares troquets parisiens où il était encore possible de partager un verre et un quatrain, on vit bientôt défiler des hordes musclées, prêtes à sauter à la gorge de n’importe qui, au moindre décompte de syllabes, au soupçon de structure « AB-BA ».

Il y eu, bien sûr, des tentatives de résistances. Le groupe des Modérés Mais Quand Même Un Peu Nostalgiques de l’Alexandrin Souverain tenta un coup d’état, un coup d’éclat, en défiant la brigade des P’Tysanes à un match d’impro. La tentative était louable, et leur prestation aurait pu n’être pas entièrement ridicule…

Hélas, il s’est rapidement avéré délicat de finir ses alexandrins quand on est mis K.O à la première syllabe. Et entre compter ses syllabes et les chicots qui leur restaient, les rares survivants firent un choix. Le groupe existe toujours, et on peut les retrouver, aujourd’hui encore, soulevant de la fonte et travaillant leurs jabs, sous le nom collectif et convaincu des Non Mais Nous Ca Va Très Bien Y A Pas De Problème Merci.

Loin de ces déboires mathématico-syllabiques c’est, au contraire, sur les bancs d’école comme sur la place publique, sur les marchés comme sur le ring, le triomphe de l’efficacité brutale. Du style aiguisé, impactant. Un style prêt à prendre la foule de force. C’est l’intégralité de l’appareil éditorial international qui aujourd’hui vacille. Un prix Goncourt de la poésie maintenant quadri-mensuel est remis à l’Elysée (Légion d’Honneur offerte en sus). L’haïku semble être la dernière forme poétique encore viable, dans ce climat d’efficacité brutale. Le roman n’est simplement pas envisageable, la nouvelle, audacieuse. « Encyclopédiste » est, pour le troisième mois consécutif, le secteur socio-professionnel enregistrant le plus fort taux de suicide…

Face au rouleau compresseur Tysane abattant toute forme d’opposition comme feu l’industrie du papier les arbres, une seule question se pose aujourd’hui: qui pourra résister ?

Réponse le Samedi 1er Mars, à l’Ogresse Théâtre !